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Pourquoi une rechute n'est pas un échec : comprendre le processus de changement

  • 2 juil.
  • 4 min de lecture

Lorsqu'une personne décide de diminuer ou d'arrêter sa consommation d'alcool, de cannabis, de drogues ou même certains comportements compulsifs, elle espère souvent que le changement sera rapide et définitif. Pourtant, la réalité est bien différente. Pour plusieurs, le chemin vers le rétablissement est ponctué de hauts, de bas… et parfois de rechutes.


Malheureusement, notre société véhicule encore l'idée qu'une rechute signifie un manque de volonté, un échec ou un retour à la case départ. Ces croyances peuvent alimenter un profond sentiment de honte et amener certaines personnes à abandonner complètement leurs efforts.


La bonne nouvelle? La recherche nous montre que la rechute fait souvent partie du processus de changement et qu'elle peut même devenir une occasion précieuse d'apprentissage lorsqu'elle est comprise et accompagnée adéquatement (Marlatt & Donovan, 2005).


Le changement est rarement une ligne droite


Imaginez une personne qui apprend à faire du vélo. Il serait surprenant qu'elle réussisse parfaitement dès le premier essai, sans jamais perdre l'équilibre.


Le changement en santé mentale fonctionne souvent de façon similaire.


Modifier une habitude qui est présente depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, demande du temps. Il est normal qu'il y ait des périodes où tout semble bien aller, suivies de moments plus difficiles.


Une rechute ne signifie pas que tous les progrès réalisés auparavant disparaissent. Elle indique simplement que certaines situations, émotions ou habitudes demeurent encore difficiles à gérer.


C'est pourquoi plusieurs professionnels parlent davantage d'un processus de rétablissement que d'une réussite ou d'un échec.


Pourquoi les rechutes surviennent-elles?


Les rechutes sont rarement causées par un seul événement. Elles résultent souvent d'une combinaison de plusieurs facteurs qui s'accumulent progressivement.


Parmi les situations fréquemment observées, on retrouve :


  • une période de stress important;

  • des conflits familiaux ou de couple;

  • la solitude ou l'isolement;

  • des émotions difficiles comme la tristesse, la colère ou l'anxiété;

  • la fatigue ou un manque de sommeil;

  • certains lieux, personnes ou habitudes associés à la consommation;

  • le sentiment d'avoir "tout gâché" après un premier écart.


Par exemple, une personne peut avoir cessé de boire depuis plusieurs semaines. Après une journée particulièrement éprouvante, elle accepte un verre lors d'une soirée entre amis. Sur le moment, elle peut penser :


"J'ai déjà brisé mes efforts... autant continuer."


C'est souvent cette pensée — plutôt que le premier verre lui-même — qui favorise la poursuite de la consommation.


Ce que dit la recherche


Depuis plusieurs décennies, les chercheurs s'intéressent au processus de rechute.

Les travaux de Marlatt et Donovan (2005) montrent qu'une rechute est généralement précédée de plusieurs éléments : des émotions difficiles, des situations à risque, des habitudes bien ancrées ou encore certaines pensées automatiques.


L'objectif n'est donc pas uniquement d'éviter toute rechute, mais surtout de développer des stratégies pour mieux reconnaître ces situations et y répondre autrement.

De son côté, l'entretien motivationnel, développé par Miller et Rollnick (2013), rappelle qu'il est normal d'éprouver de l'ambivalence face au changement. Une partie de nous souhaite changer, tandis qu'une autre apprécie parfois les effets ou les bénéfices immédiats de l'ancienne habitude.


Reconnaître cette ambivalence permet souvent de diminuer la culpabilité et d'aborder le changement avec davantage de compassion envers soi-même.


Les recherches de Witkiewitz et Marlatt (2004) soulignent également que les personnes qui analysent leurs rechutes avec curiosité plutôt qu'avec jugement ont davantage tendance à reprendre rapidement leurs objectifs de rétablissement.


Quelques exemples du quotidien


Marc


Marc réduit progressivement sa consommation d'alcool depuis deux mois. Un soir, après une dispute importante avec son partenaire, il boit davantage que prévu.

Le lendemain, il ressent énormément de honte.


Au lieu de demander de l'aide, il pense avoir tout perdu et recommence à boire quotidiennement.


Pourtant, les deux mois précédents demeurent bien réels. Ils lui ont permis d'acquérir de nouvelles stratégies et de mieux comprendre les situations qui fragilisent son équilibre.


Julie


Julie tente d'arrêter de vapoter. Après trois semaines sans nicotine, elle achète une vapoteuse lors d'une soirée entre amis.


Elle aurait pu conclure que tous ses efforts étaient inutiles.


Au contraire, elle décide de réfléchir à ce qui s'est passé. Elle réalise qu'elle était très fatiguée, qu'elle n'avait pas mangé depuis plusieurs heures et que plusieurs personnes vapotaient autour d'elle.


Cette prise de conscience lui permet de préparer un meilleur plan pour les prochaines situations semblables.


Dans les deux cas, la différence ne réside pas dans la rechute elle-même, mais dans la façon de l'interpréter.


Comment réagir après une rechute?


Éviter de se juger


La honte pousse souvent les personnes à s'isoler et à abandonner leurs objectifs.

Au contraire, il peut être utile de se rappeler qu'un écart ne définit pas la totalité de son parcours.


Chercher à comprendre


Plutôt que de se demander :


"Pourquoi suis-je incapable de changer?"


Il peut être plus aidant de se poser les questions suivantes :


  • Que s'est-il passé avant cette rechute?

  • Qu'est-ce que je ressentais?

  • De quoi avais-je réellement besoin à ce moment-là?

  • Qu'est-ce que cette situation m'apprend?


Ces questions favorisent une posture d'apprentissage plutôt que de culpabilité.


Ajuster son plan


Chaque rechute fournit des informations précieuses.


Peut-être faut-il développer davantage de stratégies pour gérer le stress.


Peut-être est-il nécessaire de mieux reconnaître certains déclencheurs.


Ou encore de renforcer son réseau de soutien.


Le changement est un processus qui s'adapte continuellement.


Demander de l'aide


Il n'est pas nécessaire d'attendre de toucher le fond avant de consulter.


Être accompagné par un professionnel permet souvent de mieux comprendre les mécanismes qui maintiennent la consommation, d'explorer les ambivalences face au changement et de développer des stratégies réalistes adaptées à sa situation.


À retenir


Une rechute ne signifie pas que vous avez échoué.


Elle ne fait pas disparaître les efforts que vous avez déjà investis, ni les apprentissages réalisés en cours de route.


Le changement est rarement linéaire. Il comporte des moments de progression, des périodes plus difficiles et parfois des retours en arrière. Ce qui importe le plus n'est pas de ne jamais tomber, mais d'apprendre à comprendre ce qui s'est passé afin de poursuivre son chemin différemment.


À la Clinique Inter Connexions, nous croyons qu'un accompagnement empreint de respect, de compassion et de collaboration peut faire toute la différence. Chaque personne avance à son rythme, et chaque étape du processus mérite d'être accueillie sans jugement.



Références


Marlatt, G. A., & Donovan, D. M. (2005). Relapse Prevention: Maintenance Strategies in the Treatment of Addictive Behaviors (2nd ed.). Guilford Press.

Miller, W. R., & Rollnick, S. (2013). Motivational Interviewing: Helping People Change (3rd ed.). Guilford Press.

Witkiewitz, K., & Marlatt, G. A. (2004). Relapse prevention for alcohol and drug problems: That was Zen, this is Tao. American Psychologist, 59(4), 224-235.


 
 
 

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